Mouvement International pour la Conscience de Krishna. Fondateur-acarya: Sa Divine Divine Grace A.C. Bhaktivedanta Swami Prabhupada          Site in English
Une histoire de la conscience de Krishna à Paris (1ère partie)

Je lui donnai une pièce et m’empressai de goûter à la sucrerie. L’effet fut immédiat ! Cette friandise avait un goût merveilleux, incomparable. Tiens, ils appellent ça comment au fait ? halava ? “Nougat du Bengale” ? je pensai : « Ma parole, ça vient d’une autre planète ! ». Et puis un éclair traversa mon esprit : “Cette belle jeune femme, je l’avais vue auparavant, pour sûr, mais où ? Ah, oui, au cinéma, peut-être bien la semaine dernière. Avant l’entracte, il y avait eu un documentaire sur ‘la religion du sourire’, où on voyait un tas de gens bizarres. Le personnage central était justement cette jeune femme
qui se trouvait devant moi. Danoise d’origine et mannequin mondialement connu, elle avait tout laissé, pour devenir dévote de Krishna à Paris et s’appelait maintenant Satarupa. C’était donc elle qui m’invitait si aimablement à visiter le temple Radha-Krishna. Je levai la tête ; Satarupa était déjà partie rejoindre son groupe qui s’éloignait en musique. Je jetai un œil sur la publication en pensant : « ‘Back to Godhead’, quel nom curieux pour un magazine écrit en français » ; puis j’eus l’impression de tenir dans les mains un objet vraiment extraordinaire. Plus je tournais les pages, plus je me sentis fasciné, sans pouvoir en expliquer la raison. Comme attiré par un aimant, je revenais sans cesse à la page où se trouvait un article écrit par le guru,  Srila Prabhupada.
Bhavasindhu dasa

Une semaine ou deux plus tard, je parvins à convaincre ma mère de m’accompagner, avec ma petite soeur, au temple Hare Krishna, 4 rue Lesueur à Paris 16è, dans le bas de l’avenue Foch, non loin des Champs-Elysées. J’étais très impatient de m’y rendre. En entrant par la porte qui donnait sur la rue Chalgrin, nous fûmes immédiatement saisis par l’ambiance très particulière. Dans tout l’endroit flottait un parfum composite, mélange de ghi, de fleurs, d’encens et de transpiration, tant il y avait de monde. Sans saisir où j’étais, je me mis à m’émerveiller de tout. Dans la salle du temple se déroulait une sorte de cérémonie plus que démonstrative. Il y avait vraiment de quoi être surpris avec tous ces drôles de gens, pieds nus, la tête rasée et qui sautaient comme des fous dans tous les sens. Je trouvais ça génial. Lorsque tout le monde se fut enfin assagi, un dévot, qui paraissait être le responsable, portant un pull-over à col roulé bleu marine sur son habit blanc, prononça très calmement une brève allocution dans un bon français, mais avec un fort accent américain : « Cette conscience de Krishna émane directement du monde spirituel ; elle est purement transcendantale ». Il demanda ensuite aux visiteurs de rester assis par terre pendant encore quelques instants, le temps de servir les assiettes de prasadam – nourriture végétarienne offerte à Krishna. Ce bhakta était Yogesvara, le président du temple. Il était l’un de ceux que j’avais vu dans le documentaire sur Satarupa, tout comme quelques autres qui se trouvaient là à présent. Goûtant aux puris, au chutney et de nouveau au halava, mes résistances intérieures tombèrent complètement. Je fus convaincu que cet endroit était tout simplement merveilleux. Quelques temps plus tard, dans ma chambre de lycéen, je réfléchis sur l’expérience, et ces gens que j’avais rencontrés. De façon totalement irrationnelle, je me sentais un des leurs et me dit qu’après tout, un jour, je pourrais bien les rejoindre. Sans rien dire à mes parents, pour ne pas les affoler, je me mis à fréquenter régulièrement le temple le dimanche, pour le plaisir de me trouver dans cette ambiance que j’adorais, et surtout goûter au délicieux prasadam. Je me souviens qu’une fois, sortant de la salle du temple et voyant que le dévot à l’accueil avait le dos tourné, je me dépêchai de remplir mes poches de morceaux de laddus qui se trouvaient dans une corbeille sur le comptoir, et partis en courant par crainte de me faire rattraper ! Un ami de lycée m’accompagnait parfois au temple.

Comme je l’appris plus tard, les dévots de Krishna se trouvaient en France depuis déjà quelques années. C’était Tamal Krishna Goswami et quelques autres bhaktas américains ou canadiens francophones qui avaient pour la première fois arpenté les rues de Paris en chantant Hare Krishna – ce que l’on traduit en jargon « faire Harinam » en 1968 ou 1969. Dans le groupe des premiers prédicateurs se trouvaient Umapati et Hanuman. Peu après, de jeunes étudiants américains, qui poursuivaient leurs études à Paris, les avaient rejoint. Deux de ces étudiants ne tardèrent pas à recevoir leur nom d’initié et s’appelèrent respectivement Harivilas et Locananda. Trois jeunes filles françaises, amies à l’époque – Joëlle, Evelyne et Monique – devinrent rapidement Jyotirmayi – qui se maria à Yogesvara – Ilavati, qui devint l’épouse d’Umapati - et Mondakini, qui rejoignit le temple de Londres et plus tard se maria à Madhavendra puri. Les statuts de la “Société internationale pour la conscience de Krishna”, furent déposés à la préfecture de Paris en 1970.

Locananda accueillit dans son petit appartement de la rue Lacaze, près de la Porte d’Orléans, le premier temple Hare Krishna de Paris. Puis, le groupe s’élargissant, il fut nécessaire de trouver plus grand. On loua donc un pavillon en banlieue sud – d’où étaient issus beaucoup des nouveaux participants – à Fontenay-aux roses, à 7 kilomètres de Paris. C’est à Fontenay-aux-roses que furent sculptées et installées - dans une remise à outils de jardins de 10m2, à l’extérieur du pavillon - les formes divines de Sri Sri Jagannath-Baladeva-Subhadra. Srila Prabhupada visita cet endroit à son retour de Moscou en 1971, et donna à cette occasion une conférence à l’Olympia, célèbre music-hall parisien. De nombreux jeunes français devenaient à présent dévots de Krishna. Bhagavan, un jeune leader américain d’ISKCON, arriva de Buffalo, aux Etats-Unis, avec son épouse Krishna Bamini, et prit la tête du groupe. D’autres bhaktas américains – Indradyumna, Aditi - ou canadiens québecquois – Vishnurata, Visvambhara – ne tardèrent pas non plus à venir grossir les rangs. La maison de Fontenay devint vite trop petite à son tour et le temple retourna dans Paris. Le nouvel endroit se trouvait, rue Lesueur, dans le 16é arrondissement. Srila Prabhupada s’y rendit pendant l’été 1973 et y procéda à l’installation de Leurs Seigneuries Sri Sri Radha Parisisvara. Un ashram rural, “La Nouvelle Mayapur”, fut établi près de Châteauroux, en plein centre de la France. Les dévots de Krishna faisaient à présent partie du paysage parisien. Il n’était pas rare de les croiser au coin d’une rue, en train de chanter Hare Krishna. Le Harinam sankirtan était en effet l’activité quasi-quotidienne des membres du temple.

Un dimanche de 1976, arpentant la rue Lesueur en me hâtant vers le temple, je vis de loin se produire une agitation inhabituelle devant le bâtiment. Une ou deux fourgonnettes étaient garées à proximité, portes toutes grandes ouvertes. Dedans, se trouvaient des dévots, hommes et femmes, déjà installés, tandis que d’autres se pressaient devant pour avoir y entrer. Non sans une certaine anxiété, je m’enquis des évènements. Un bhakta me dit, très excité : “Il n’y a pas de fête du dimanche aujourd’hui. Nous fermons le temple pour plusieurs jours. Tout le monde part à la ferme pour voir Srila Prabhupada. D’ailleurs, il est déjà là-bas. Viens donc avec nous à la Nouvelle Mayapur, tu es le bienvenu ; mais pour ça, il faut d’abord enlever tes chaussures pour entrer dans le camion ! » J’hésitais un court instant, et finalement, à regret, abandonnais l’idée, imaginant la réaction de mes parents en apprenant mon escapade. C’est ainsi que je manquais l’occasion de rencontrer Srila Prabhupada. Je n’envisageais pas encore devoir abandonner mes études pour rejoindre le temple. Une autre fois, probablement au début de l’été 1977, je vis un mot manuscrit inscrit sur un petit bout de papier fixé sur la porte de la cuisine du temple, qui donnait sur l’escalier montant à l’étage. Il y était inscrit une prière sincère et touchante : « S’il Vous plaît, Seigneur Krishna, protégez Srila Prabhupada, qui est très malade, afin qu’il retrouve rapidement la santé. » Je venais de passer mon bac. En octobre 1977, j’entrais en première année à Sciences-po et ne trouvais plus de temps pour me rendre au temple. En novembre de cette année-là, j’ignorais que Srila Prabhupada venait de nous priver de sa présence physique.

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